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À Genève, la performance énergétique d’un bâtiment ne se limite plus aux consommations de chauffage ou d’électricité. Avec les articles 117 et 118 de la LCI et leur règlement d’application, le carbone lié aux matériaux, à la construction, aux rénovations et au remplacement des installations entre progressivement dans la conception des interventions immobilières.
Pour anticiper cette évolution normative et accompagner propriétaires, gérances (régies), architectes et maîtres d’ouvrage, Dario Santandrea, fondateur d’i-NEEA, a suivi en septembre 2026 la formation continue « Construire et rénover bas carbone – Maîtriser la mise en œuvre des articles 117 et 118 LCI et les leviers d’optimisation carbone des projets à Genève », organisée à la HEPIA avec la participation, entre autres, de l’OCEN, de la HEIG-VD, d’ESTIA et d’E4Tech. Voyons ensemble ce qui change.
La formation couvre le cadre légal, le concept bas carbone, les méthodes de calcul, les outils EPIQR+CO₂ et Lesosai, ainsi que l’intégration des cinq lots LCI dans la conception architecturale.
Pour i-NEEA, cette nouvelle approche est une évolution logique de notre travail actuel sur la performance énergétique, les rénovations HPE/THPE, les installations techniques et l’accompagnement énergétique des bâtiments : il ne s’agit plus seulement de réduire l’énergie consommée durant l’exploitation, mais d’intégrer aussi l’impact carbone de ce que nous construisons.
Pendant des décennies, la priorité a été de réduire la consommation énergétique des bâtiments : isolation thermique, remplacement des chaudières fossiles, pompes à chaleur, réseaux thermiques, photovoltaïque, optimisation des installations, etc. Cette politique porte ses fruits : à Genève, les émissions directes liées à l’exploitation des bâtiments ont diminué de 28 % depuis 1990.
Dans le même temps, cependant, les émissions indirectes associées à la construction et à la rénovation ont augmenté de 22 %. Au total, le secteur du bâtiment représente environ 40 % des émissions de gaz à effet de serre du canton. C’est précisément ce changement de perspective qui est important.
Très simplement : une pompe à chaleur peut fortement réduire les émissions liées à l’exploitation d’un bâtiment, mais sa fabrication, les installations techniques, les conduites, les matériaux isolants, les fenêtres, le béton, l’acier ou les panneaux photovoltaïques ont eux aussi nécessité des matières premières, de l’énergie, des transports et, un jour, un traitement en fin de vie.
Un bâtiment performant sur le plan énergétique n’est donc pas automatiquement un bâtiment à faible impact environnemental.
Ils complètent l’approche énergétique en considérant l’ensemble du cycle de vie des matériaux ; on parle donc de durabilité au sens plus large. La loi privilégie d’abord le réemploi des éléments existants, puis les matériaux recyclés ou à faible impact carbone. Cette logique est aussi celle du guide officiel de l’OCEN.
Deux valeurs constituent de bons points de repère : 5 kg CO₂-eq/m² SRE/an pour une rénovation et 11 kg CO₂-eq/m² SRE/an pour une construction neuve. Elles sont exprimées par mètre carré de surface de référence énergétique (SRE) et par an, sur une durée de référence de 60 ans. Dans l’exemple présenté durant la formation, une rénovation de 2 000 m² accompagnée d’une surélévation neuve de 660 m², les deux valeurs sont combinées par pondération afin de déterminer la valeur applicable à l’ensemble du projet.
Non, ces 5 ou 11 kg ne doivent pas être compris comme les émissions annuelles réelles d’une chaudière ou d’une voiture. Il s’agit d’une empreinte carbone équivalente de construction ramenée à une année de référence, qui comprend notamment la fabrication des matériaux, leur mise en œuvre, les remplacements au cours de la vie du bâtiment et leur élimination. La méthode repose sur l’analyse du cycle de vie et sur des données d’écobilan, en particulier la base de données KBOB. C’est un véritable budget carbone du projet.
Le règlement, selon la SIA 390/1, divise le bâtiment en cinq lots, dont voici le poids en pourcentage par rapport à une construction neuve standard :
Ces pourcentages ne sont évidemment pas valables pour tous les bâtiments : ils servent surtout à illustrer une idée essentielle de la formation. Le carbone d’un projet ne se réduit pas au choix de l’isolant ou du système de chauffage. Il découle de centaines de décisions prises par le maître d’ouvrage, l’architecte et les différents ingénieurs.
Dans les rénovations étudiées durant la formation, l’enveloppe constitue par exemple une part particulièrement importante de l’empreinte des travaux.
Le meilleur matériau bas carbone peut être celui que l’on ne remplace pas.
C’est probablement celui-ci : avant de chercher un produit qui affiche quelques kilogrammes de CO₂ en moins, il faut se demander : « avons-nous vraiment besoin de remplacer l’élément existant ? »
Dans une rénovation, les matériaux conservés en place ne sont pas comptabilisés comme de nouveaux impacts dans le calcul réglementaire. Leur conservation peut en outre être valorisée par un indicateur de taux de conservation.
La hiérarchie devient : préserver → réutiliser → réduire les quantités → choisir des matériaux recyclés ou à faible teneur en carbone → optimiser les installations techniques. Cette approche peut changer certaines habitudes de conception. Une rénovation ambitieuse ne signifie pas nécessairement « tout remplacer ».
Oui, mais la question doit désormais être posée correctement. Une rénovation provoque immédiatement des émissions : fabrication de l’isolation, nouvelles fenêtres, installations techniques, chantier, etc. En contrepartie, elle réduit ensuite les émissions d’exploitation pendant plusieurs décennies.
Dans plusieurs rénovations genevoises analysées, les temps de retour carbone observés sont de l’ordre de moins de 7-8 ans pour certaines interventions, tandis que des variantes THPE plus poussées présentent, dans les exemples étudiés, des points de croisement autour de 13-15 ans. Un autre cas présenté, la Coopérative La Cigale, n’atteint que 2,6 kg CO₂-eq/m²/an pour les travaux, tout en étant une rénovation Minergie-P. En d’autres termes, performance énergétique et faible impact carbone ne sont pas contradictoires. Mais il faut les étudier ensemble et, point très important, dès les premières esquisses et la conception du projet.
Le règlement concerne en particulier les constructions neuves soumises à demande définitive (DD) et les rénovations importantes. Pour une rénovation, le critère porte notamment sur des travaux importants touchant au moins deux des cinq lots, ou sur la rénovation intégrale d’au moins un lot. Une transformation ou un changement d’affectation peuvent également entrer dans le dispositif. En revanche, ne sont pas concernés en soi une procédure APA ou le simple remplacement d’une installation de production de chaleur.
La mise en œuvre est progressive. Les bâtiments de l’État sont les premiers concernés, dès 2027. Dès 2029, le concept bas carbone devient obligatoire pour les projets concernés déposés en DD ; dès 2034, les valeurs limites deviennent ensuite contraignantes pour tous les projets concernés. Le Canton confirme ce calendrier et précise que le dispositif repose sur la SIA 390/1:2025.
2034 peut sembler encore lointain, mais pour les propriétaires institutionnels, les régies et les architectes qui planifient aujourd’hui des interventions avec plusieurs années d’avance, 2034 est déjà un horizon de projet.
Qu’un bilan carbone réalisé une fois le projet terminé arrive trop tard. Le concept bas carbone doit devenir un outil d’aide à la décision. C’est la base de départ de la figure de l’Intégrateur Bâti Durable (IBD), pour laquelle i-NEEA est en cours de certification par SIG-eco21 et le Canton de Genève.
Elles sont nombreuses : vaut-il la peine de conserver un plancher existant ? Réutiliser certaines menuiseries ? Réduire une quantité de béton ? Modifier la trame structurelle ? Choisir une façade plus simple ? Comparer deux isolants ? Une installation technique très sophistiquée apporte-t-elle des gains suffisants pour compenser son empreinte supplémentaire ? Enfin : démolir et reconstruire ?
Le concept réglementaire exige une réflexion coordonnée sur les cinq lots, impliquant maître d’ouvrage, architecte, ingénieur civil, ingénieurs CVSE et spécialistes de l’énergie. La figure de l’IBD devient donc très centrale et transversale, capable de coordonner le chantier avec l’architecte en tant que mandataire principal et/ou spécialiste. C’est donc durant la conception, lorsque plusieurs variantes sont encore possibles, que se trouve le plus grand potentiel d’optimisation.
Une courte vidéo qui résume les chiffres clés
Cette formation nous permet d’élargir notre approche des projets de construction et de rénovation à Genève. Aux analyses énergétiques traditionnelles s’ajoutent désormais la compréhension du Règlement d’application sur l’empreinte carbone des matériaux de construction (RECMC), des articles 117 et 118 LCI, de la SIA 390/1, de l’analyse du cycle de vie et des outils de calcul du carbone.
L’objectif reste très concret : anticiper les exigences plutôt que les subir au moment de l’autorisation de construire, identifier à temps les postes carbone les plus importants et rechercher le meilleur compromis entre performance énergétique, empreinte carbone, faisabilité technique et investissement.
Que la question n’est plus seulement : « Combien d’énergie le bâtiment consommera-t-il après les travaux ? » Il faut désormais aussi se demander : « Quelle quantité de carbone devons-nous investir pour réaliser ces travaux, et comment pouvons-nous réduire cette empreinte dès la conception ? » C’est précisément cette double lecture, énergie d’exploitation + carbone du cycle de vie, qui deviendra progressivement la nouvelle manière de concevoir et de rénover les bâtiments à Genève.
i-NEEA accompagne maîtres d’ouvrage, régies et architectes dans leurs projets de rénovation énergétique, HPE/THPE et, désormais, dans l’intégration des nouvelles exigences bas carbone des articles 117 et 118 LCI.